Le palier

Toc-toc !

Je m’approche de l’œil de judas et regarde. Sur le palier, se dessine une forme qui me tourne le dos. La porte de l’ascenseur est plus intéressante que la mienne ? J’admire en silence l’élégance de cette forme. Plutôt menue, les cheveux châtains mi longs et ondulés. La silhouette est plantée là, dans le vide du décor. Elle se balance d’un pied sur l’autre, puis d’un coup se retourne. Je découvre enfin son visage… Merde, il me semble que je la connais… Mais alors, c’est qui ? Je me souviens très vaguement d’elle… Je sais pas quoi faire, je lui ouvre ou pas ? Je vais pas la laisser là… Ben si ! J’ouvre pas et je retourne au salon. J’entends à travers la porte, sa petite voix.

– Maxime, tu es là ?

Vautrée dans mon canapé, j’attends, les yeux rivés au plafond. Maintenant, c’est une autre voix qui m’atteint.

– Max, tu te réveilles, il y a du monde sur ton palier.

Je reconnais tout de suite, c’est Clémentine. La nana est encore là ? Ce serait les deux en même temps sur mon palier. Que faire ? Rien, je fais rien… Elles vont bien finir par redescendre, non ? Elles se connaissent pas mais je les entends bavasser. La femme est donc toujours là. Qu’est-ce qu’elles peuvent bien se raconter ?

Je m’approche doucement, sans faire de bruit. Mon oreille près de la porte, j’écoute.

– Je suis Louise et vous ?

– Clémentine.

Mais oui ! Louise… C’est ça… Louise, cette petite nana que j’ai croisée il y a bien longtemps… Je sais plus quand.

– Alors bonjour Clémentine !

– Bonjour Louise.

Par l’œilleton, je les vois. Elles se regardent en se souriant. La petite voix de Louise revient jusqu’à moi.

– Vous pensez qu’elle va revenir bientôt ?

– Je pense surtout qu’elle est là !

Les yeux tout étonnés de la femme me font presque rire.

– Pourquoi elle ouvre pas ?

– Elle dort sans doute…

– A cette heure-ci ?

– Maxime a pas d’heure.

– Ah…

J’écoute toujours, je les regarde encore. Elles vont pas passer la soirée sur le palier !

– Bon, qu’est-ce qu’on fait ?

Ah, voilà une bonne question de Clèm.

– Je sais pas, on peut aller prendre un verre en attendant, ou vous avez quelque chose de prévu, peut-être ?

– Ah non, rien… Un verre, c’est bien.

Elles s’approchent de l’ascenseur et Clèm appuie sur le bouton pour l’appeler. Je l’entends, brinquebalant, arriver à l’étage. Le couinement de la porte, elles pénètrent dans la petite cabine et la porte se ferme sur elles dans un souffle d’air. Elles disparaissent, le palier est à nouveau vide. Je vais à la fenêtre du salon et j’attends qu’elles sortent sur le trottoir.

Les voilà. Elles se dirigent à gauche, les bistrots. Lequel elles vont choisir ? Je les vois se tourner régulièrement l’une vers l’autre. Elles doivent se raconter plein de trucs. De quoi elles parlent ? Sans doute que le seul sujet qu’elles aient en commun, c’est moi. Alors elles parlent de moi ! Mais pour dire quoi ?

Une certaine curiosité me taraude. Les rejoindre ? Oui, mais dans quel troquet ? Je vais pas tous me les faire… Je patiente, on sait jamais, si elles réapparaissent au coin de la rue… Faut pas rêver ! Clèm peut tout à fait se débrouiller de Louise. Mais moi, je suis où ?

J’en peux plus, je me torture avec cette jalousie qui me ravage. Un blouson, je sors !

Sur le trottoir, je vais par la gauche, par là où elles sont parties tout à l’heure. La petite rue m’emmène à la suivante, pleine de terrasses où elles pourraient être posées. Mais la rue, je la prends dans quel sens ? Ah, je sais pas… Le bistrot préféré de Clèm, c’est lequel ? Allez, je vais à droite. Je zieute les tables de dehors et les vois pas. A l’intérieur, c’est plus difficile de reconnaitre les gens. J’arrive à un carrefour quand je me cogne contre quelqu’un.

– Pardon !

J’entends pouffer de rire. Je relève le nez… Clémentine ! Dire que je la cherche partout et que je me l’emplafonne par hasard…

– Ben, qu’est-ce que tu fais là, toi ?

– J’ai rencontré Louise sur ton palier, tu vois, et comme tu ouvrais pas, on est venues se caler au bistrot pour attendre.

– Attendre quoi ?

– Ben toi ! Tu crois qu’on attendait qui sur ton palier ?

Je suis les bras ballants pendant que Clèm sort ses clopes.

Elle allume une cigarette et me la colle direct entre les lèvres. Elle en sort une autre pour elle. Je sais pas quoi lui dire… Pourquoi Louise est venue jusque chez moi ?

– Ça fait longtemps que tu es là ?

– Depuis que j’ai trouvé Louise attendant désespérément devant ta porte close.

– J’étais… J’étais…

– Pas là sans doute… Ou tu dormais tellement profondément que même notre chahut sur ton palier a pas suffi à te réveiller.

– Quel chahut, j’ai pas entendu de chahut ?

– Tu étais donc là… Je me disais bien aussi…

Je me fais piéger comme une débutante.

– Pff !

Les clopes sont finies, on rentre dans le troquet. Clèm va vers la gauche, je la suis. Elle pose un regard tout à fait particulier sur moi. Ses yeux se plissent.

– Tu étais derrière la porte, non ? Je te sentais là, tout près… Pourquoi tu lui as pas ouvert, à Louise ?

– Pourquoi elle est venue ?

– Je sais pas, elle a rien dit là-dessus.

– Vous avez parlé de quoi ?

– Ben de toi forcément ! De quoi veux-tu qu’on parle ? Je la connais pas cette nana. Tu lui aurais ouvert, tu aurais eu un peu de temps pour parler avec elle… Elle a juste dit, avant de partir il y a cinq minutes, qu’elle reviendrait…

– Ah…

– On rentre ?

– Chez toi ou chez moi ?

– Chez toi, Max, chez toi.

Clèm paie le coup à boire et on s’en va. En bas de l’immeuble, j’hésite.

– On prend quelque chose à manger ou on redescendra ?

– On redescendra.

On franchit les portes à codes et on stagne devant l’ascenseur. Dans la cabine, elle me serre contre elle.

– Elle te fait peur cette femme, non ?

Je suis étonnée de sa question, mais elle a sans doute raison.

– Peut-être, oui… Je sais pas vraiment…

– C’est qui ?

– Louise…

– Oui, ça je sais ! On a eu le temps de se présenter…

On quitte l’ascenseur et dans le salon, je cale la tête dans le creux de son cou.

– C’est qui ?

– C’est… Tu sais… C’est la nana qui… Qui…

– Qui quoi ?

– Je suis perdue…

Elle me serre contre elle, m’écrase presque. J’en profite et me laisse parcourir de ses gestes légers qui dessinent mon dos.

– Toute ta douceur sur moi…

– Hein ?

– Ta tendresse me comble.

– Humm ! Au fait, tu m’as pas dit…

– De quoi ?

– C’est qui cette fille ?

– Pas maintenant…

Ma voix s’éteint, elle comprend que c’est pas encore le moment et me comprime de plus belle. Je peux plus bouger.

On redescend bouffer dans un petit resto et c’est le retour sous la couette.

– Alors ?

– Alors quoi ?

– Tu peux en parler de cette nana ?

– Louise ?

– Ben oui, Louise… Arrête Max !

– Demain, je t’en parle demain.

Je m’endors dans le creux de ses bras, bercée par ses caresses légères.

Les cafés et Clémentine part bosser. Je reste, seule, le nez dans ma tasse. Louise… Pourquoi elle est venue chez moi ? Qu’est-ce qu’elle me veut ? Des questions tournent dans ma tête toute la journée. Louise…

J’entends gratter à ma porte. Je m’approche et ça gratte encore. Ça peut être que Clèm avec ce petit bruit là ! J’ouvre et oui, c’est elle.

– Tu reviens ce soir ?

– Je peux plus me passer de toi…

Ça nous fait rire. On se pose dans le salon, assises en désordre, elle dans un fauteuil, moi sur le canapé… Et plus rien.

Elle se lève et vient me rejoindre. La tête sur mes genoux, les pieds qui dépassent par-dessus l’accoudoir. Ma main glisse dans ses cheveux, un sourire se dessine sur ses lèvres.

– Alors, la Louise, c’est qui ?

– C’est une petite nana qui était tout le temps là, derrière Pierre, à le coller.

– Pierre ?

– Oui, tu sais, c’est un ancien pote dont je t’avais parlé, tu te rappelles ? Il y a… Pff… Après, je sais plus ce qui s’est passé…

J’entoure sa tête avec ma paume, elle enfouit les mains dans les poches de son jean. On reste comme ça.

– Pourquoi elle débarque ?

– Je sais même pas comment elle a su où je créchais ?

Clémentine tourne la tête vers moi alors que je la regarde. Nos yeux se fixent.

– Mais, dis-moi… Avec elle… Tu as pas…

– Tu déconnes ? Je l’ai à peine connue cette meuf…

Elle sort une main de ses poches et vient recouvrir la mienne, posée sur son ventre.

– Alors pourquoi ?

– Je sais pas… Peut-être qu’elle… Elle aurait bien voulu… Je sais pas…

Elle sourit très fort.

– Maxime, la femme irrésistible !

– Mais arrête…

– Ben quoi… Qu’est-ce qu’elle venait foutre chez toi, hier ?

– Va savoir… Elle t’a rien dit ?

– Rien !

– Alors, on sait pas…

Ça toque à la porte.

– Tu attends quelqu’un ?

– Ben, non… Personne…

Elle se redresse, sort du canapé, et avec ses pieds nus sur le sol, elle glisse jusqu’à l’entrée. Je la regarde faire à pas silencieux. Elle approche son œil du petit trou et sa main s’agite au bout de son bras. Elle se décolle, se retourne vers moi et chuchote.

– C’est encore elle.

Je pose un doigt en travers de mes lèvres.

– Chut…

Clèm, sans plus aucun bruit, revient vers moi, se penche, un bras de chaque côté de mes jambes et avance la tête jusqu’à mon oreille.

– On est pas là, d’accord ?

– D’accord.

Ça toque encore. On entend la voix venant du palier.

– Maxime, tu dors ?

Je murmure tout bas… Juste pour Clèm.

– Oui, je dors.

Elle se recule et me sourit encore. On bouge plus, jusqu’à ce qu’on entende le bruit de l’ascenseur et le grincement de la porte. Louise s’en va. Je bloque Clèm entre mes jambes. Qu’on aille pas voir de quel côté elle part…

– Allez, Max, on attend une petite demi-heure et je t’emmène dîner.

C’est même pas une question… On ira dîner dehors et puis voilà !

Le trottoir et notre petit resto préféré. Là, on est tranquilles. Assises en face l’une de l’autre, les dos collés aux dossiers hauts des banquettes, les mains à plat de chaque côté de nos jambes, on se regarde.

Le mec nous apporte les cartes.

– Tu l’avais revu Pierre ?

– Oui, au moins une fois, il avait des soucis avec une meuf… Pourquoi ?

– Ben je sais pas, j’essaie de comprendre ce qu’elle vient foutre chez toi.

– Pff… Je m’en fous…

On mange sans parler davantage de Louise.

Clèm est au boulot quand j’entends du bruit sur le palier. Je me colle à l’œil de judas et… Louise ! Elle va pas me lâcher.

– Maxime…

Je la regarde se mouvoir derrière la porte.

– Maxime ?

Elle est debout à basculer d’un pied sur l’autre. Nerveuse ?

– Maxime ! Tu dors ?

Une petite grimace se dessine sur son visage. Elle remet en place une mèche de cheveux. Je suis toujours à la mâter par le petit trou.

– Maxime… Ouvre-moi…

La voix s’affaiblit, le regard s’assombrit. Ses mots sont accompagnés d’une main qui tambourine légèrement sur le bois de la porte. Comment je peux l’entendre ?

Elle finit par descendre sur les talons et, accroupie, elle s’appuie le dos contre le mur. Par l’œilleton, je vois que le haut de sa tête, ses cheveux. Je descends, moi aussi sur le sol et pose les fesses sur le parquet. Mon dos, appliqué contre la porte, ma tête tournée, mon oreille collée à plat sur le bois. Les bruits de la cage d’escalier parviennent jusqu’à moi.

– Maxime…

Mon prénom juste dans un souffle d’air.

– Pierre est parti…

Il l’a quittée ? Elle me parle, se parle à elle-même, toute seule, assise sur le palier.

– Il est parti.

Elle bouge… Ses mains dans ses cheveux sans doute. Je la vois plus. Mais je la sens juste là, derrière.

– Il est parti au milieu de l’hiver…

J’entends des frottements sur la porte. Sa main glisse sur le bois ?

– Je suis seule.

L’effleurement de ses caresses sur la porte, je les ressens presque sur moi.

– Maxime ?

Je suis pas là…

Je comprends qu’elle se déplace. Je me lève et me recolle au petit trou. Elle est debout, les mains dans les poches. De la tristesse dans ses yeux et l’expression fermée. Elle se dirige vers l’ascenseur, ouvre la porte et tourne la tête vers moi. Un dernier regard sur la porte, elle hésite. Elle finit par pénétrer dans la cabine et l’ascenseur l’emmène.

Je retourne au salon. Sur le canapé, les yeux collés au mur d’en face. Pourquoi je lui ai pas ouvert ?

Clémentine revient enfin du taf. Je lui en parle ? Je sais pas… Elle semble fatiguée, c’est peut-être pas le moment.

– Alors, Max, ta journée ?

– Rien, j’ai rien fait.

– Faut que tu te bouges un peu, que tu sortes.

– Mmm.

– Oh là, ça va pas trop bien toi…

– Pas trop, non.

– Allez, raconte.

– Tu es fatiguée, non ?

– Pas pour toi… Allez, dis-moi.

J’hésite. Quel intérêt ?

– Elle est revenue.

– Qui ça ?

– Louise…

– Ah, tu as parlé avec elle ?

– J’ai écouté…

– Elle veut quoi, finalement ?

– Je sais pas…

– Comment ça, tu sais pas…

– Je lui ai pas ouvert.

– Tu l’as laissée dehors ?

– Oui, là… Sur le palier.

– Alors, tu sais toujours pas ce qu’elle veut ?

– Elle a dit que Pierre était parti.

– Il l’a quittée ?

– Elle a dit, parti au milieu de l’hiver.

– Dit comme ça, peut-être qu’il est mort.

– Ah, merde… J’avais pas entendu ça dans ce sens-là…

– Qu’est-ce qu’elle a dit d’autre ?

– Qu’elle était seule.

– C’est tout ?

– Oui, que ça. Pierre est parti, elle est seule.

– Nous voilà bien…

Elle a le regard dans le néant de la pièce. Je glisse un doigt sur sa joue, elle relève la tête et me sourit enfin. Ma paume entoure son visage, sa tête vient se caler sur mon épaule.

– Elle reviendra encore.

– Tu crois ?

Clèm redresse la tête.

– Tant qu’elle t’aura pas parlé en face, oui, elle reviendra.

– Mais pour me dire quoi ?

Elle repose la tête et ses bras m’entourent à la taille.

– Ah, ça… Il s’était passé quoi avec eux deux ?

– Mais rien… C’était juste un copain… Elle, je sais plus…

– Faut que tu fasses un effort de mémoire, sinon, tu t’en sortiras pas.

– Si elle vient comme ça, elle a une raison, non ?

– Probable…

Je suis pensive, à chercher dans le fond de ma tête.

– Faut que tu comprennes… Que tu te rappelles de ce moment-là.

– Je crois que j’avais à peine une trentaine d’années… Ça date !

– Tu l’as reconnue tout de suite ?

– Son visage, je m’en souviens…

– Si elle est venue te dire que Pierre est parti, c’est sans doute qu’elle a une idée derrière la tête.

Mes yeux partent dans le vague.

– Laisse passer un peu de temps, ça va sûrement te revenir.

– Si elle vient tous les jours, elle m’en laisse pas vraiment, du temps.

– Alors, c’est toi qui dois le prendre.

– Et je fais comment ?

– Tu viens habiter chez moi et elle te trouvera pas… Remarque, si elle continue à venir parler derrière ta porte, ça t’aidera aussi à retrouver l’histoire.

– Vaut mieux que je reste là, alors !

– Finalement, peut-être que c’est mieux, oui…

– Ok, je reste, mais je lui ouvre pas.

– Si elle parle toute seule sur le palier… Tu auras les infos au compte-goutte. Ça t’aidera peut-être à rassembler des bouts.

– Faudrait déjà que j’en ai à rassembler, des bouts, comme tu dis.

– Il te reste rien de cette nana ?

– Juste le visage, je te dis, c’est tout !

Elle se lève tôt ce matin, c’est pas habituel. Le café est même pas prêt. J’entends des bruits dans la cuisine et elle revient près de moi avec une tasse dans chaque main.

– Tiens Max, bonjour !

Je me redresse sur un coude.

– Hein ? Bonjour, oui.

Elle pose la tasse sur la table de nuit et s’assied sur le bord du lit. Mon état semi-comateux la fait sourire. Ce sourire qui va me mettre de bonne humeur pour toute la journée.

– Je me dépêche, la grosse réunion que j’ai ce matin…

– Fais-toi une beauté quand même.

– Pourquoi, je suis moche ?

Là, c’est moi qui souris.

– Tu es jamais moche !

Elle se bouge et l’eau de la douche coule sur elle.

Elle saute dans son slip, trois fringues et elle est prête à partir.

– Déjà ?

– Ce soir, je serai là de bonne heure.

Toujours au plumard, je glisse au plus profond, me cacher sous la couette.

Merde, il est déjà onze heures ! Faut que je me bouge…

Non ! Pas envie… Juste rien… Rien faire… Pas sortir… Rien !

Je me tourne et me retourne dans les plumes. Tantôt je me rendors, tantôt je rêve éveillée. Ma tête s’évapore et mes souvenirs me rattrapent.

Pierre… C’est un mec que j’ai croisé juste avant que je rencontre Clémentine. Et oui, c’est ça ! Louise, elle lui tournait autour, mais lui, il la voyait pas. Pourquoi il est parti ? Ça veut dire quoi, partir… Il est parti où ? Pff…

Pas de bruit sur le palier, le champ est libre. J’enfile un pull et vais pour ouvrir quand j’entends l’ascenseur s’arrêter à mon étage. La main sur le loquet, par prudence, je me colle à l’œilleton. Non, pas encore elle ! Ben si… Elle fait chier… Tous les jours… C’est pas possible ! Je lâche la targette et glisse les mains dans mes poches. Toujours à regarder, Louise s’avance vers moi. Juste devant la porte, sa main monte, hésite à toquer et redescends sans bruit. Elle baisse les yeux vers ses chaussures puis relève la tête. Elle repousse ses cheveux, fait des mimiques, comme si elle était devant une glace. Ça me fait sourire mais faut pas que je rigole, je me ferais griller. Elle va rester là longtemps ? Elle dit rien, bouge plus, frappe pas, sonne pas non plus. Juste elle stagne ! Combien de temps je vais attendre pour pouvoir sortir ?

– Tu es là cette fois ?

Elle s’arrête de parler, le regard dans le vide part à droite puis à gauche et revient se fixer sur la porte.

– En fait, tu es jamais là…

Heu, mais si ! Je suis là. Pas forcément pour tout le monde, certes, mais je suis là.

– Max, tu sais que Pierre t’aimait…

Comment ça il m’aimait ? La voix faible de Louise traverse à peine le bois de la porte. Qu’est-ce qu’elle raconte ?

Elle frotte un pied sur le dallage du palier. Ça fait un tout petit bruit. L’ascenseur se met en branle et descend. Elle avance jusqu’à la porte de l’autre appartement, lit la plaque argentée vissée dessus et revient vers la mienne. Elle se tasse sur les talons, recroquevillée dans le coin du mur. Je la vois presque plus, juste le haut de sa tête. Une main passe dans ses cheveux et l’autre rejoint la première. Elle croise les doigts sur son crâne, ses mains s’immobilisent. L’ascenseur arrive. Elle baisse les mains. La porte s’ouvre, un type en sort et c’est l’échange timide de leurs bonjours. Il part de l’autre côté, vers la plaque argentée. Les portes intérieures de l’ascenseur se ferment, appelé plus haut, il monte.

Le type sonne, la nana de la plaque lui ouvre.

– Bonjour, vous êtes…

– Bonjour. Monsieur Darsine.

– Oui… Entrez.

Il disparaît, la femme referme la porte.

Louise est toujours là, tassée dans le coin, l’ascenseur passe sans s’arrêter à l’étage. Le silence revient sur le palier. Elle bouge, redresse son dos, sa tête remonte un peu. Je vois son visage, les yeux dans rien. A quoi elle pense ? Faut qu’elle parte, que je puisse sortir. Je peux même pas me faire un café, le bruit de la machine… J’attends, j’attends.

Louise se lève enfin. Elle va s’en aller ? Elle tourne sur le palier, va vers l’autre porte et revient. Elle repart, appuie sur le bouton de l’ascenseur et revient encore. Sa main fermée se lève sur ma porte, mais non, elle frappe pas. Juste, elle la pose à plat sur le bois. Son front vient s’appliqué à côté de sa main. L’ascenseur arrive, elle se décolle et se dirige vers lui. La porte et elle disparaît. Je retourne au salon, sur le canapé et ferme les yeux. Ma tête se penche en arrière, mes mains se posent de chaque côté de mes cuisses.

Elle doit être loin maintenant. J’ai toujours mon pull sur le dos. Je vais sortir. La main sur le loquet et il se déclenche tout seul. Ah non, c’est Clèm avec sa clé.

– Tu partais ?

– Prendre l’air, oui.

– Tu devrais attendre un peu…

– Pourquoi ?

– Louise, je l’ai reconnue sur le trottoir d’en face.

– Elle est encore là ?

– Elle s’éloigne, mais elle marche lentement.

– Tout à l’heure, elle est venue jusque-là.

– Je m’en doute, elle traîne pas dans le quartier pour cueillir des fleurs.

– C’est moi qu’elle vient cueillir.

– Ah, ça !

– Aide-moi, Clèm, j’ai besoin de toi.

– Je suis là… Tu l’as encore laissée poireauter sur le palier ?

– Mmm…

– Elle a parlé ?

– Elle a dit que Pierre m’aimait.

– Elle a dit qu’il t’aimait ou qu’il t’aime ?

– Qu’il m’aimait.

– Alors il est vraiment parti.

– Comment ça ?

– Il est mort, Max. Sinon, il t’aimerait encore, ce serait pas que du passé.

Je reste perplexe, pourtant, je pense qu’elle a raison, il doit être mort. Mais pourquoi Louise vient me le dire ? Je l’avais presque oublié…

– Tu as retrouvé dans ta tête qui c’était, cette Louise ?

– Pas plus que ça… Juste ce que je t’ai dit…

– Pour qu’elle vienne comme ça, il s’est forcément passé un truc, fais un effort.

– Mais, je m’en fous !

– Ok, ok, te fâche pas. Elle, visiblement, elle s’en fout pas.

– C’est son problème, pas le mien.

– Va savoir…

– Tu veux dire quoi là ?

– Rien… Je sais pas… Mais ça fait quand même quatre fois qu’elle se pointe à ta porte. Elle vient pas comme ça pour que dalle.

– Ou alors, elle est barrée dans sa tête.

– C’est possible aussi, mais je pense plutôt qu’elle a quelque chose à te dire, ou à te demander, ou… Je sais pas, mais c’est pas normal qu’elle revienne tout le temps.

– Je sais pas… Je m’en fous carrément d’elle.

– Tu te fous de tout, de toute façon…

– Pas de toi !

– Humm… Un apéro au bistrot ?

On descend se caler en terrasse.

Les gens qui passent devant nous me font sourire. Les pressés contre ceux qui trainent leurs pompes, les femmes accrochées à des gamins qui veulent pas avancer, les poussettes avec les tous petits et les SDF, les mains dans les poches et leurs semelles qui raclent le trottoir. On vide doucement nos verres. Quelques pièces sur la table et on rentre.

– Tu sais, Pierre…

– Oui ?

– Juste avant que je te rencontre… Il faisait partie de la bande de potes… Louise, elle trainait autour de nous… Je l’ai connue très peu.

– Ça fait si longtemps qu’ils sont ensemble ?

– Je sais pas… A l’époque justement, je me rappelle qu’ils étaient pas ensemble. Louise se pâmait devant lui, ça c’est sûr, mais lui, non, il la regardait même pas.

– Il regardait qui, lui ?

– Moi… Enfin, je crois qu’il était bloqué sur moi…

– Et toi ?

– Comme maintenant…

– Pauvre garçon !

– Arf… Il a dû s’en remettre, depuis le temps…

– Sans doute que non, Max, puisqu’elle revient…

Je fouille dans ma tête, faut que ça refasse surface, que je comprenne… Que vient foutre Louise devant ma porte ?

– Tu es sûre que tu as pas couché ?

Je fixe Clèm.

– Avec qui ?

– Ben avec Pierre, ou avec Louise, ou avec les deux…

– En même temps ?

– Tu en étais bien capable, oui, pourquoi pas les deux en même temps.

– Pff ! Je m’en souviendrais, non ?

– Tu zappes tellement vite…

– Quand même, les deux…

– Peut-être que c’est pas ça, peut-être que c’est l’un ou l’autre, je sais pas.

– C’est ni l’un ni l’autre…

– Te connaissant, pff… C’est tellement souvent les histoires de culs qui foutent le dawa. Alors creuse dans ta tête, Max, cherche un peu.

– Je fais que ça de chercher… Je trouve pas.

Je la regarde, incapable de me souvenir de plus que ça. Mes sourcils gigotent. J’affiche un air désespéré.

– De cogiter, ça te colle des expressions sur la tronche, grave !

– Quoi…

– Tu me fais rire, j’y peux rien.

– Ben rigole… En attendant, l’autre, elle me gonfle à venir comme ça.

Clémentine se redresse sur le canapé.

– Je la chope et je la fais parler, tu veux ?

– Tu ferais ça pour moi ?

Elle s’approche du fauteuil et vient s’accroupir entre mes jambes. Elle glisse les mains sur mon jean.

– Demain, c’est samedi, je taffe pas. Si tu veux, je reste là et si elle vient, je l’emmène au bistrot. Ok ?

J’ai rien à répondre, cette idée me va très bien. Si Louise se répand, ce sera parfait. Mais j’en doute.

Au petit matin, on a le nez dans les cafés.

– Je passe la journée là, tu te rappelles ?

– Tu vas te faire chier ma pauvre.

– Toi aussi !

– En même temps, si on veut la gauler, faut croupir ici et l’attendre.

– Si elle vient…

– Tu m’as dit qu’elle reviendrait.

– Déjà quatre fois qu’elle se pointe, alors pourquoi pas une fois de plus.

Oui, pourquoi pas ! Le tout, c’est que Clèm arrive à la faire parler, qu’on sache ce qu’elle vient pleurer sur le palier.

– Elle vient quand d’habitude ?

– Plutôt l’après-midi.

– Bon, ça nous laisse du temps.

Clèm a à peine fini sa phrase que ça sonne.

– Merde, déjà ?

– Tu es encore à poil, le café au bistrot, c’est pas gagné.

Je me lève et zieute par le petit trou.

– C’est pas elle, c’est un mec.

J’enfile un peignoir et ouvre.

– Bonjour, je viens pour la fibre optique.

– Vous avez vu l’heure ?

– Il est onze heure, oui.

– Ah…

Je suis vaseuse.

– Mais j’ai rien demandé…

– C’est justement, elle passe dans l’immeuble. C’est pour savoir si vous voulez qu’on vous l’installe.

– Ben non.

– Pour recevoir la télé par internet, l’image et le son, vous verrez, une qualité exceptionnelle !

– Mais j’ai pas la télé.

Le mec prend un air carrément ahuri et se met à bafouiller.

– Vous regardez pas… La télé ?

– Ben non, je m’en fous complètement.

Je lui referme la porte au pif sans même lui dire au revoir. Je retourne près de Clèm.

– L’autre qui voulait m’installer la fibre pour voir la télé.

– Il est mal tombé… Remarque qu’aujourd’hui, si faut rester à planter, ça nous aurait peut-être sauvé la journée.

– Il y passe que des merdes… Ça fait quarante ans que je m’en passe très bien, c’est pas maintenant que je vais m’y mettre.

– Bon, on fait quoi ?

– Sort ton tricot !

Elle éclate de rire.

– Faut pas qu’on parle trop fort, on entend tout de ton palier.

– On va pas arrêter de respirer non plus…

Elle vient me rejoindre sur le canapé et s’allonge, la tête sur mes genoux comme elle fait souvent. Elle est toujours à poil.

Elle se recroqueville, en boulle, tournée sur le côté.

– Tu as froid ?

– Un peu, mais je suis bien là.

Ma main glisse sur son dos et la fait frissonner.

– Couvre-toi, tu vas choper la crève.

Elle se lève, part dans la chambre et revient avec un T-shirt. Elle reprend sa place.

– Tu ferais bien de t’habiller complètement, imagine qu’elle arrive.

– Mais je suis trop bien là.

– Bien, certes, mais pas vraiment présentable.

Elle se relève au ronchonnant.

– Je te pique un jean. Tu en as pas besoin aujourd’hui.

– Vas-y, prends.

Cinq minutes et elle réapparaît, vêtue de mes fringues.

– Une Clèm déguisée en Max !

– De toutes façons…

Elle est coupée dans sa phrase par un léger bruit contre la porte d’entrée. Clémentine s’approche de l’œilleton et effectue un petit mouvement de recul. Elle revient sur la pointe des pieds.

– C’est elle.

– Tu l’emmènes au bistrot ?

– Je vais essayer, oui.

Elle me colle un bisou sur les lèvres et se dirige vers la porte. La main sur le loquet, la voix de Louise nous arrive dans les oreilles.

– Maxime ?

Je file dans la chambre.

– Bon courage…

Clémentine ferme la porte de la piaule et ouvre l’autre.

– Bonjour Louise.

– Ah, bonjour Clémentine… Maxime est là ?

– Non, viens, on va prendre un café en bas.

– On peut le prendre là, non ?

– Au bistrot, on est sûr d’en avoir, ici, il y en a plus.

– Mais Maxime est là, je sais qu’elle est là !

– Café !

J’entends la porte claquer sur elles. Je sors de la chambre et regarde par le petit trou. Clèm jette un regard vers moi, elle doit sentir que je suis là, juste derrière. L’ascenseur arrive et les emporte toutes les deux.

Je me cale dans le canapé, les pieds sur l’accoudoir. J’attends, j’attends que Clèm revienne. Elle aura des infos ? C’est même pas sûr.

Un doigt sur ma joue me réveille.

– Ça fait longtemps que tu es revenue.

– J’arrive juste.

Mes yeux l’interrogent. Elle sait ? Son sourire me dit que oui, elle a parlé.

– Il est quelle heure ?

– Trois heures et quelque, pourquoi ?

– J’ai dormi tout le temps où tu étais parti.

– C’est mieux comme ça.

– Pourquoi, elle t’a parlé ?

– Ça, pour parler, elle a parlé. Tellement qu’on est allées bouffer pour qu’elle puisse continuer.

– Ça t’a coûté un resto ?

– On s’en fout Max, l’important, c’est ce qu’elle a dit.

– Et alors ?

– Alors, c’est chaud.

– A ce point-là ?

– Ah quand même, oui.

– Ben raconte.

Elle passe une main sur ma joue.

– Tu as déjeuné, toi ?

– Non…

– Allez viens, à ton tour.

– De quoi ?

– Je t’emmène bouffer.

– Tu vas manger deux fois ?

– Je te regarde !

– Et tu me racontes…

– Allez, habille-toi.

Je passe un jean, un pull et j’enfile des baskets. On sort attendre l’ascenseur. Je la regarde, elle est silencieuse, semble réfléchir. Je la laisse dans ses pensées, elle va bien finir par me raconter. On marche sans un mot jusqu’au petit resto où on a nos habitudes. On s’installe et le mec qui prend la commande, s’étonne.

– Il y en a qu’une qui mange ?

– Moi c’est déjà fait.

Il repart, Clémentine est toujours plongée dans son silence.

– C’est si dur à dire que ça ?

– Pas forcément… Mais elle est vraiment barrée cette nana.

Je comprends pas. Qu’est-ce qu’elle a de si branque ? J’attends que Clèm se lance. Le mec apporte la bouteille de rosé et débarrasse le couvert en trop.

– Je vous laisse le verre ?

Elle lui adresse un sourire.

– Oui, c’est gentil, merci.

J’attends toujours qu’elle me dise. Vu le temps qu’elle prend pour démarrer, ça doit pas être simple. Je la perturbe pas avec toutes les questions qui trottent dans ma tête. Mon assiette arrive. Je chope ma fourchette et commence à manger.

– Pierre est effectivement mort l’hiver dernier.

– Ah…

– Il lui parlait souvent de toi. Vu tout ce qu’elle raconte, je pense que beaucoup de choses sortent de son imaginaire.

– Mais Pierre était pas du genre à raconter des conneries.

– Je parle de son imaginaire à elle ! Vu le discours qu’elle me servait…

– Tu crois qu’elle mythonne ?

– Mmm… Sinon, tu t’en souviendrais aussi, c’est pas possible autrement… Ou alors, tu es devenue amnésique !

– Et donc, il ou elle raconte quoi ?

– C’est pas ça qui est important !

– Ah…

Je comprends toujours rien à cette histoire.

– C’est quoi, ce qui est important ?

– C’est elle !

– Mais je la connais à peine cette meuf. J’ai dû la voir deux-trois fois tout au plus, je sais même plus.

– Elle, elle sait.

– Elle sait quoi ?

– Que tu l’as pas beaucoup connue, c’est vrai.

– Ben alors, qu’est-ce qu’elle vient stagner sur mon palier si je l’ai si peu connue ?

– Elle vient parce qu’elle, elle te connaît très bien.

– Comment elle peut ?

– Elle en sait beaucoup sur toi, elle sait où tu vas travailler quand tu y vas. Elle sait que tu me vois régulièrement. Elle sait que souvent tu t’absentes et que tu reviens toute bronzée. Elle sait…

– Mais putain, d’où elle sort tout ça ?

– Elle a vécu des années avec Pierre et pendant tout ce temps, il lui parlait souvent de toi. Alors, tu as fini par l’intéresser, elle voulait comprendre pourquoi son Pierre chéri bloquait sur toi comme ça. Elle t’a donc cherchée et puis, elle t’a retrouvée.

– C’est de l’espionnage !

– C’est pire que ça… Elle t’observe depuis un temps fou, elle te surveille.

– Elle est tarée cette nana !

– Louise est surtout une nana dangereuse.

– Mais je m’en fous, qu’elle me lâche, je lui ai rien demandé.

– Max, tu peux pas t’en foutre, elle est en plein délire.

– Et tu veux que je fasse quoi ?

– Que tu fasses gaffe à toi.

– Pff…

– Elle dit que si Pierre est parti, c’est à cause de toi.

– Elle est complètement folle !

– Evidement qu’elle l’est… Mais toi, faut que tu fasses attention.

– Je vais pas sortir avec un gilet pare-balles.

– Je déconne pas, Max.

– Moi non plus…

– Réalise, tu as affaire à une vraie détraquée.

– On y a affaire toutes les deux, pas que moi. Si elle connait autant ma vie que ça, on est dans le même bateau.

– A moi, elle en veut pas, mais elle a la cervelle bien dévissée, c’est clair.

– Parce qu’elle m’en veut en plus ?

– Oui, je t’ai dit… Pour elle, si Pierre est parti, c’est à cause de toi.

– Attends, ça fait plus de vingt ans que je l’ai pas vu ce mec, pourquoi il serait parti à cause de moi ? Il est mort comment d’abord ?

– Il a eu un accident de voiture, mais elle, elle dit que c’est pas un accident et qu’il l’a fait exprès. Qu’il en pouvait plus et qu’il a lâché prise.

– Mais j’y peux rien, putain !

– Oublie pas qu’elle est sans doute bien malade. D’ailleurs, elle est persuadée que tu lui veux du mal.

– Elle est complètement déjantée surtout.

– C’est pour ça que tu dois faire gaffe. Elle va revenir, c’est certain.

– Ben merde… Et je fais quoi ?

– Tu sais, elle s’est construit tout un monde… Et dans son monde tu es une rivale.

– Une rivale de quoi ?

– D’elle ! Elle te déteste autant qu’elle t’aime…

– N’importe quoi !

– Non, c’est sérieux, elle t’a créée une place très importante dans sa propre relation et, du coup, elle s’en est exclue et s’est sentie abandonnée…

– De qui ?

– Ben, de Pierre !

– Pff…

– Elle te suivait partout… Elle m’a même dit que tu allais souvent avenue Philippe Auguste par exemple.

– Ben, c’est chez…

Clèm me coupe.

– Je sais, oui… Mais elle, elle sait pas qui tu allais voir là-bas. Alors elle a imaginé que tu avais des rendez-vous secrets.

– Qu’est-ce que ça peut lui foutre ? Je vois qui je veux !

– Mais rends-toi compte, elle engrange un maximum d’infos sur toi, c’est hallucinant.

– Elle a rien d’autre à faire ?

– Elle te scrute et cherche à percer le mystère que tu représentes encore à ses yeux…. C’est pour ça qu’elle vient frapper à ta porte.

– C’est elle qui est frappée !

Je commence à mesurer l’état de Louise.

– Elle peut être violente, tu crois ?

– Elle peut tout, oui, sûrement.

Clémentine prend son air des plus sérieux.

– Max, faut que tu te casses !

– Où ça ?

– Où tu veux, mais c’est prudent.

– Mmm… Et toi ?

– Moi ? Et ben moi, je viens avec toi !

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Emmanuelle Demerliac

ISBN : 979-10-97409-16-6

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